Entretien : Auto-construire une unité de micro-biométhanisation, c’est possible !

Entretien

Pour rendre autonome sa ferme laitière, Michel Warzée, agriculteur et chef d’une entreprise de constructions métalliques, a fait le choix de la biométhanisation. Après une mauvaise expérience, il ne s’est pas laissé abattre et a auto-construit une nouvelle installation. Retour sur cette aventure qui avait pourtant mal démarré.

Pourquoi avoir choisi la microbiométhanisation ?

Notre ferme a la particularité de se trouver dans un endroit où il n’y a aucun raccord électrique possible. Pour combler les besoins énergétiques de l’exploitation, nous avions un groupe électrogène qui nous coûtait beaucoup d’argent. Il était donc logique de chercher une alternative renouvelable et moins coûteuse. Le solaire et l’éolien ne convenaient pas parce qu’ils produisent de l’énergie par intermittence. La biométhanisation par contre offrait une solution continue et pouvait être alimentée avec le lisier des vaches.

Vous avez donc franchi le pas. Que s’est-il passé?

Nous avons fait installer une unité de micro-biométhanisation (< 50 kW) par un constructeur reconnu à l’époque. Mais il n’a fallu que quelques jours pour que des problèmes apparaissent. Entre autres, le fait que l’exploitation ne soit pas raccordée au réseau électrique avait été mal appréhendé. Mais nous ne pouvions pas nous permettre que l’installation ne tourne pas car nous devions rembourser l’emprunt et continuer d’alimenter en énergie l’exploitation ! Nous avons donc envisagé de reconstruire une nouvelle installation nous-même.

Parlez-nous de l’autoconstruction…

Notre mauvaise expérience nous aura au moins appris ce à quoi il faut faire très attention dans la conception d’une unité de biométhanisation. Nous voulions construire une installation robuste mais simple afin de prévenir au maximum les ennuis : moins de pièces fragiles et complexes et un accès à celles qui restent pour un entretien facile, sans devoir arrêter tout le système. Pour réaliser cela, nous nous sommes renseignés auprès de fournisseurs de moteurs de cogénération et d’experts wallons en biométhanisation. L’autoconstruction a été possible grâce au fait que nous avons également un atelier mécanique.

Bilan chiffré

Il aura fallu à peine 6 mois de réflexion pour la conception de la nouvelle installation puis 3 mois pour sa réalisation. L’unité fonctionne et produit du biogaz, 24h/24, 7jour/7, depuis début mai. C’est donc pour le moment une vraie réussite ! L’unité est dimensionnée pour une puissance de 100 kWél mais elle tourne aujourd’hui volontairement à 44 kWèl. Il est prévu d’augmenter la puissance dans l’année à venir pour combler les besoins en énergie d’un nouveau robot de traite et d’une nouvelle activité en laiterie (pleine valorisation de la chaleur).

Quelle est le coût d’un projet en autoconstruction ?

Ici, le challenge était de construire une installation qui ne tombe jamais en panne, avec un minimum d’entretien. Nous avons donc fait le choix d’utiliser du matériel de première qualité pour les pièces maitresses (pompe(s), moteur de cogénération, matériaux de la cuve…). Et pour contrebalancer ces coûts, nous avons réfléchi à optimiser l’installation ; avec des échangeurs de chaleur ou encore en utilisant une sortie du digestat par effet de vases communicants (épargne d’une pompe).

Est-ce que l’on pourrait répliquer votre installation chez d’autres agriculteurs ? Et à quel prix ?

A priori, tout à fait. Ce serait même peut-être plus simple s’il y a raccordement au réseau électrique.

Par rapport à la première installation, le coût final au kiloWatt installé est beaucoup plus faible. De plus, on fait de grosses économies sur le long terme puisque l’installation est de meilleure qualité. Pour d’autres agriculteurs, ça coûterait sans doute plus cher que dans notre cas car il faudrait faire appel à une société pour la construction mais le coût final resterait largement intéressant ! Il reste à voir sur le long terme si notre modèle continue de bien fonctionner avant de le répliquer.

Il faudra donc attendre encore un peu pour avoir plus de recul avant de faire la promotion de ce nouveau modèle, mais les résultats actuels laissent augurer de belles perspectives pour le secteur de la biométhanisation de petite puissance. 

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