Entretien : « La clé, un projet intégré localement ! »

Entretien

Se lancer dans un projet de biométhanisation, c’est un challenge que la coopérative Biogaz du Haut Geer a concrétisé en septembre 2012 par la mise en route de son installation. Une aventure aux nombreux rebondissements. En effet, pour pouvoir assurer la viabilité d’un tel site et lui permettre de se développer (voir article précédent), il a fallu faire face à un certain nombre d’incertitudes et de blocages législatifs.

Entretien avec G. de Seny, administrateur délégué de l’unité de biométhanisation du Haut-Geer.

Lourdeur administrative et coût financier

Outre les gros investissements de base à réaliser pour l’implantation d’une unité de biométhanisation, il ne faut pas négliger les frais annexes, liés aux conditions sectorielles imposées. (Ndlr : La validation du permis d’environnement par l’Administration est octroyée sous la condition du respect de certaines actions. Notons que ces actions varient en fonction du type d’exploitation. Les exemples cités ici ne sont pas forcément représentatifs de toutes les (futures) installations). Parmi ces coûts à ne pas oublier, G. de Seny évoque notamment les clôtures de sécurité à installer autour de l'équipement ou encore les digues de protection à construire au niveau du digesteur et du post-digesteur. Des frais qui – déplore-t-il – seront indirectement répercutés sur le client électrique via l’octroi des certificats verts.

De manière générale, G. de Seny constate qu’une « lourdeur administrative » pèse sur le secteur : « Il y a énormément de déclarations et d’enquêtes rigides (AFSCA, Office wallon des déchets, SPF environnement, CWaPE, Sécurité, Permis, emplois, Injection, ...), de certificats à obtenir (notamment pour le digestat), de normes et permis uniques. Tout ceci freine la mise en place et surtout, le développement de projets. Surtout, ces freins rendent les installations très peu sûres pour les banques et autres partenaires financiers », explique-t-il.

Problématique des certificats verts

Actuellement, la coopérative bénéficie de certificats verts par trimestre. Pour G. de Seny, il y a des incohérences entre le montant des certificats octroyés et la réalité de terrain, mais surtout, des disproportions entre le moment de production et le moment des octrois. Il est parfois nécessaire d’attendre plus de six mois entre les deux, ce qui augmente fortement le besoin de trésorerie et fragilise le producteur. Un autre problème soulevé est la période d’octroi des certificats verts :

« La solution serait que l’on revoie le montant du soutien financier sans lui imposer de durée. (…) Actuellement, notre permis d’exploitation est de 20 ans mais la durée d’octroi de nos certificats est de 15 ans. (…) Je ne peux pas concevoir qu’un jour on décide de fermer une installation comme la nôtre, faute de soutien financier. »

A ce jour, les certificats verts représentent environ 50 % des rentrées de la coopérative. Le bon fonctionnement du site en dépend donc fortement G. de Seny ajoute d’ailleurs que « pour les banques, les certificats verts représentent la seule garantie réelle dans leur dossier de financement et l’insécurité politique les inquiète fortement. »

Vers une « task force » intercabinets ?

Selon G. de Seny, la biométhanisation est une production d’énergie renouvelable qui vaut la peine d’être soutenue globalement, en intégrant tous les paramètres, et non pas uniquement du point de vue de la « production d’énergie ». Il soutient le principe d’une réflexion concertée entre les quatre cabinets concernés (Energie, Agriculture, Environnement, Economie) et appuie l’idée de mettre en place une « task force » intercabinets.

La clé : un projet intégré localement

Plus qu’un soutien législatif et financier adapté, il souligne que « l’important, pour tout projet de biométhanisation, c’est qu’il soit placé à un endroit stratégique et qu’il soit intégré localement. » 

Ces propos ont été recueillis lors d’une visite de l’unité le 22 février 2017.

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