France : Le plus grand projet de phytomanagement au monde est sur les rails

En 1999, après plus d’un siècle de déversements non raisonnés des eaux usées de Paris, la plaine de Pierrelaye a été interdite à l’agriculture nourricière en raison de ses concentrations en métaux lourds préoccupantes. Vingt ans plus tard, une forêt de 1350 hectares s’apprête à voir le jour pour valoriser ces sols pollués.

Une superficie incompatible avec les techniques de dépollution classiques

Le volume de terre concerné, évalué à 5 millions de mètres cube, rend économiquement illusoire toute option de traitement des terres par des méthodes classiques. L’option la plus réaliste afin de gérer les risques (de transfert de polluant vers l’homme, la faune, les eaux souterraines, les eaux de surfaces, l’air…) est celle du phytomanagement.

Le choix du phytomanagement 

En effet, une étude de 2014 a conclu qu’un aménagement forestier était compatible avec l'état des sols, sous réserve de mesures de protection. Une vingtaine d’hectares – parmi les plus pollués – devraient être clôturés et interdits au public et aux activités de chasse. Les essences à planter seront choisies selon leur aptitude à phytostabiliser les métaux. Les conifères, susceptibles d’acidifier les sols et remobiliser les métaux, seront exclus. Des actions de chaulage[1] seront par ailleurs menées tous les dix ans.

Actuellement, le volet administratif du projet bat son plein : une enquête publique sera menée en 2018. En cas d’avis favorable de l’autorité environnementale, une vaste action d’acquisition des terrains sera menée en vue des premières plantations.

In fine, ce projet constituera le plus grand projet de phytomanagement au monde.

Financer l’opération via un appel aux entreprises ?

Au-delà de l’ambition du projet, des voies innovantes sont envisagées pour financer l’opération, dont le budget est estimé à 85 millions d'euros sur dix ans. Certaines parcelles pourraient en effet constituer des zones de compensation environnementales[2] pour les projets industriels ayant un impact non évitable sur l’environnement. Une piste à creuser pour la plantation de sites marginaux en Wallonie ?

Source : Ile-de-France : une forêt s'installe sur des sols pollués – actu-environnement.com, 16.03.2018


[1] Technique de traitement à la chaux.

 

[2] Une compensation environnementale, également appelée mesure compensatoire environnementale, est une mesure concertée permettant de contrebalancer les effets négatifs inévitables d’un aménagement. Par exemple, si l’implantation d’une activité génère (inévitablement) la destruction d’une parcelle forestière d’un hectare. Une mesure compensatoire pourrait consister en la création d’au minimum un hectare de forêt au droit d’un autre site aux enjeux écologiques peu sensibles.

Dans le droit wallon, la compensation environnementale a fait son apparition avec la transposition de la Directive européenne dite « Habitats ». Plus d’informations sur http://www.iewonline.be/quel-avenir-pour-les-compensations-dans-les-proj...

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