Interview : Extraire des molécules d’intérêt de la biomasse

Entretien

Le mois dernier, nous nous sommes rendus dans les laboratoires de Celabor[1], membre ValBiom depuis 2017. L’occasion pour nous de mieux cerner les activités de leur département Extraction et d’identifier les opportunités pour les acteurs wallons.

Entretien avec Sébastien Cajot, responsable du département Agro-Alimentaire Extraction, et Céline Géradon, chef de projet biobasé chez ValBiom.

Qu’entend-t-on par « extraction » ? Est-elle pertinente pour donner une valeur ajoutée à la biomasse ?

L’extraction est un procédé de séparation utilisé pour extraire sélectivement un ou plusieurs composés d’un mélange initial (solide ou liquide), sur base de propriétés chimiques ou physiques.

Selon Sébastien Cajot (Celabor) : « Les déchets et les sous-produits issus de la biomasse sont riches en molécules d’intérêt, pouvant être récupérées et valorisées. L’extraction permet de créer une boucle de valorisation supplémentaire. »

Céline Géradon ajoute : « Différentes biomasses sont actuellement utilisées comme bioénergies (biogaz ou combustion) tels que des résidus ou sous-produits forestiers / agricoles, mais aussi des déchets de coupe d’arboriculture ou des déchets agro-alimentaires. L’extraction – en amont des valorisations actuelles – est donc tout à fait pertinente. »

Quels sont les techniques d’extraction ?

« Les techniques classiques dextraction sont – notamment – la macération ou l’hydrodistillation. Or, il y a d’autres façons de faire, plus efficaces d’un point de vue énergétique, plus respectueuse de l’environnement, et ce, tout en assurant une conservation des extraits. Ces techniques alternatives, telles que l’utilisation d’eau subcritique[2], offre une alternative aux solvants pétro-chimiques telle que l’éthanol ou l’acétone et permet une moindre dégradation des molécules d’intérêt en diminuant significativement les durées d’extraction, » explique Sébastien Cajot.

Notons que le Celabor dispose d’un équipement laboratoire et d’un équipement pilote de cette technologie. Le centre possède également divers équipements pour assister l’extraction : ultrason, micro-onde, champ électrique pulsé…

La demande du marché pour l’extraction est-elle en croissance ? Quels sont les secteurs intéressés par les extractibles actuellement ?

« La demande est en croissance. Il y a une tendance actuelle pour un retour vers des produits plus naturels et plus respectueux de l’environnement. Les secteurs intéressés sont notamment les secteurs des compléments alimentaires, de la cosmétique, de la pharmacie, de la phytothérapie ou encore des pesticides naturels, » ajoute Sébastien Cajot.

Pourquoi le Celabor a-t-il créé une branche dédiée à l’extraction ?

« Le département extraction est né sous l’impulsion du projet FEDER WALEXTRACT (ndlr : programmation 2007-2013) visant la valorisation de co-produits végétaux via des techniques d’extraction. En effet, les industries agro-alimentaires sont nombreuses et génèrent beaucoup de co-produits à valoriser. Le département « Agro-Alimentaire Extraction» offre donc la possibilité de valoriser ces flux. Ce département connaît une forte croissance et compte actuellement une dizaine de scientifiques. »

Quels sont les types de projets sur lesquels le département travaille ?

« D’une part, il y a les activités de prestations de service pour les entreprises : des analyses de routine (ex : la caractérisation d’extrait) ou des projets R&D à destination de l’industriel comme par exemple le développement de procédé d’extraction et de purification de molécules à haute valeur ajoutée. Dans ce cas-là, les résultats de la recherche sont la propriété de l’industriel. D’autres part, il y a les projets R&D collaboratifs à l’échelle nationale et internationale (ex : BBI – Afterlife et Barbara) permettant l’acquisition de nouvelles compétences dont pourront bénéficier les industriels que l’on accompagne.»

Quel intérêt tire le Celabor de l’expertise ValBiom ?

« Cela permet d’être encore plus proche des acteurs de terrain et de mieux appréhender la biomasse en générale en Wallonie. »

Quelles sont les synergies possibles entre Celabor et ValBiom et ses membres ?

« Concrétiser des projets ! Que ce soit des projets en B2B avec des acteurs industriels ou des projets d’intérêt pour la société » note Sébastien Cajot.

Actuellement, ValBiom et Celabor prennent part à la construction d’un projet transfrontalier Interreg visant à donner une plus-value complémentaire à des sous-produits / résidus forestier ou d’arboriculture. Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une économie circulaire. Il permettra l’identification de molécules d’intérêt et la mise en œuvre de procédés d’extraction respectueux de l’environnement. ValBiom renforcera ce projet via ses compétences et son réseau, notamment pour les aspects marchés et de sensibilisation/communication.

Plus d’infos ?


[1] Le Celabor est un centre de recherche agrée. Il assure un support un support aux entreprises dans le domaine de l’agro-alimentaire (nutrition et extraction), de l’environnement, de l’emballage, du papier/carton et du textile.

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