Interview : La qualité du combustible, point de départ dans le monitoring d’une chaufferie au bois (part 1/2)

Entretien

Eléments de réponse avec Francis Flahaux, coordinateur PBE&DR à la Fondation Rurale de Wallonie (FRW). Cette interview ValBiom fait suite à une visite de terrain de la FRW organisée le 14/12 à Libin, sur cette thématique.

Comment se caractérise un combustible bois de qualité ?

« Contrairement aux combustibles fossiles pour lesquels la question de la qualité ne se pose (quasiment) pas, celle du combustible bois est souvent au cœur du débat. Le combustible bois présente – par nature, ou par destination – des formes assez hétérogènes : bûches, plaquettes ou pellets. Dans le cas des chaufferies et réseaux de chaleur publics du Plan Bois-Energie et Développement rural (ndlr : plus d'infos sur ce Plan dans l'article ci-dessous), seuls les pellets (granulés de bois) ou les plaquettes (broyats de bois) sont utilisés.

En ce qui concerne les pellets, la qualité est déjà largement encadrée du fait des réglementations et normes tout à fait usuelles dans le secteur (Din+, EN+…). C’est donc un combustible d’une grande homogénéité et d’une constance qui jouit d’une « grande confiance » de la part du consommateur. Pour ce qui est des plaquettes de bois, les choses sont encore assez floues, même si des normes ou standards de qualité sont utilisés de temps en temps pour les caractériser. » Francis Flahaux, FRW.

A noter : un combustible de qualité dont les caractéristiques (humidité, granulométrie, etc.) sont adaptées à la chaufferie concernée constitue un élément essentiel au bon fonctionnement de celle-ci.

S’assurer de la qualité de son combustible bois sera un bon point de départ pour le suivi « au jour le jour » de la chaufferie, ce que l’on appelle communément le « monitoring ».

Qu’est-ce qu'un monitoring ?

« Un peu mieux connu, le monitoring médical consiste à surveiller les paramètres essentiels du patient pour s’assurer que tout va bien ou qu’il n’y a pas d’évolutions non souhaitables. Il en va de même pour une chaufferie au bois. C’est d’autant plus important pour les communes et les pouvoirs publics engagés dans la voie de la transition énergétique qui y placent de nombreux espoirs, notamment environnementaux et économiques. » Francis Flahaux, FRW.

Quel outil a développé la FRW ?

« L’outil monitoring que la FRW a développé pour le SPW-DGO4 est un guide technique – sous forme de tableur Excel – qui permet aux gestionnaires de chaufferies et réseaux chaleur de relever une série de paramètres clefs de leur installation et qui traite ces données de façon automatique en temps réel et de façon périodique. L’outil permet donc aux gestionnaires de se rendre compte très rapidement d’éventuelles dérives dans le fonctionnement de l’installation : production d’énergie, distribution, consommation électrique des auxiliaires, voire qualité du combustible ou coût de fonctionnement. Bien entendu, la qualité du monitoring dépend de la qualité des instruments de mesures et de comptages, de leur présence aux endroits adéquats et de la rigueur de la prise de données… Le monitoring n’a pas pour vertu de déterminer immédiatement la cause du problème mais bien de dresser un diagnostic. C’est l’expertise de spécialistes qui permettra d’identifier les causes possibles et de les éliminer une à une jusqu’à trouver celle(s) à l’origine du problème. » Francis Flahaux, FRW.

Quels sont les intérêts du monitoring ?

« Le monitoring permet d’arrêter de se leurrer et de croire que tout va bien simplement parce que « ça chauffe ». Quand une voiture roule, il est quand même bon de surveiller que la consommation de carburant ou d’huile n’est pas anormale ou encore que la pression des pneus est bonne sous peine d’en subir plus ou moins rapidement les conséquences en termes de pannes ou de surcoûts. Il en va de même pour une chaufferie bois :

  • Est-ce que le combustible bois que j’achète produit bien l’énergie qu’il est censé contenir au vu de l’humidité annoncée et du prix que je paie pour l’obtenir?
  • Mon réseau de chaleur ne perd-t-il pas trop d’énergie en été (perte relative) parce que mon réseau est sous utilisé ?
  • Est-ce normal que la consommation de mes auxiliaires électriques soit passée de 3 à 10 % par rapport à l’énergie thermique fournie ?
  • Pourquoi mon projet consomme-t-il – en plus du bois – encore autant d’énergie fossile ?

C’est notamment à ces questions que le monitoring peut répondre. Le monitoring doit permettre aux gestionnaires de savoir et d’agir avant que tout éventuel dysfonctionnement soit préjudiciable sur le plan technique, économique ou environnemental. » Francis Flahaux, FRW.

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